Le Musée Kirchner est un bâtiment qui répond aux préoccupations des architectes Anette Gigon et Mike Guyer.
En effet, leur travail s'appuie sur une recherche d'adéquation sensible entre le lieu, la destination du bâtiment et la matérialité d'une architecture.
Leur projet s'attache à définir un thème intégrant les différentes perceptions physiques que leur ont évoqué ce programme et ce site.
A Davos, dans les montagnes des Grison, la lumière cristalline qui se reflète sur la neige devient l'essence même de la matérialité de ce bâtiment.
Leurs préoccupations les amènent à concevoir ce bâtiment comme un objet qui, à notre avis, demanderait à être implanté sur un site ne subissant aucune influence extérieure, hors de tout contexte urbain.
En effet, sa volumétrie que l'on voudrait complètement aléatoire, subit les influences dues à une parcelle située au coeur de Davos, ce qui remet en question son statut d'objet en faisant apparaître une certaine ambiguïté, ambiguïté que l'on retrouve dans son double caractère, à savoir son élévation sur rue faisant apparaître une abstraction totale et celle orienté vers le fond de la vallée qui réintroduit l'échelle humaine par les ouvertures de caractère domestique percés dans son socle.
Du socle à son couronnement, nous pouvons remarquer que l'utilisation judicieuse des matériaux permet d'exprimer la légèreté du couronnement en opposition à la lourdeur du socle qui semble atténuée par l'introduction de ces percements sur la façade sud.
L'architecture de ce bâtiment pourrait s'apparenter à cette définition du mouvement de L'Analoge Architektur, analogie au lieu reconnaissance de ses particularités sans à priori esthétique : il s'agit de percevoir, de comprendre, d'analyser et de partager une atmosphère et sa spécifie (...) d'une définition de sa lumière (...).
Analogie ensuite au thème, introduit par un programme qui aura déjà été traité qui aura déjà trouvé des réponses qu'il faudra regarder et comprendre.
Analogie à la nature, enfin à l'environnement culturel bâti mais aussi géographique, voir tectonique géologique 1.
Ce bâtiment fait preuve d'une grande sobriété aussi bien dans les espaces intérieurs que dans sa volumétrie.
Faisant partie du mouvement d'Architecture Suisse-allemande, il n'utilise pas d'artifice constructif.
Pas de collage ni d'ironie, ni de plaquage de forme, de signes ou de signaux publicitaires.
Cette architecture pourrait s'apparenter donc à l'art minimaliste mouvement dont l'architecture Suisse-allemande tend à s'approcher.
Nous pouvons nous poser là question, si ce type d'architecture répond au besoin du public : la maison doit plaire à tout le monde.
C'est ce qui la distingue de l'oeuvre d'art, qui n'est obligée de plaire à personne (...).
Il n'y a qu'une faible partie du travail de l'architecte qui soit du domaine des Beaux-Arts : te tombeau et le monument commémoratif.
Tout le reste (...) doit être retranché de l'art 2.
A une époque où l'art tente de mettre en scène des objets communs, ce type d'architecture cherche à donner à certains bâtiments une apparence d'oeuvre d'art.
Ceci génère des situations où le programme pour lequel à été conçu le bâtiment ne s'exprime plus, laissant le public dans le doute quant à son affectation.
Nous assistons à un double mouvement paradoxal : alors que les artistes de la modernité ont tous pour projet commun de s'approprier du réel, une production architecturale récente veut au contraire apparaître comme un signe d'art 3.
Il nous semble que l'on assiste aujourd'hui en Suisse à l'émergence de deux tendances architecturales.
La première, d'une grande abstraction, pouvant s'apparenter à l'art tel que le décrit P.Berger, l'autre plus proche de celle prônée par des architectes tels que Diener et Diener, réalisme, fonctionnalisme, rationalisme.
Le bâtiment que nous avons choisi pour notre analyse, reflète bien la difficulté que l'on peut avoir aujourd'hui à adhérer sans ambiguïté à l'un ou à l'autre de ces deux mouvements diamétralement opposés.
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