LE DESSIN

Le dessin est à l'origine et à la base de tous les arts qui s'adressent aux yeux

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Yoan Leresche
Yl, à la sensibilité naïve, aime aussi s’investir dans le cubisme le plus pur.

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Le dessin

Avant de préciser le sens que les historiens d'art et les techniciens finirent par donner au mot dessin, il convient de lui rendre son extension et son orthographe primitives : du même coup, on déterminera sa raison d'être et son importance.
A l'origine, on écrivait dessein. Ce terme marquait bien tout l'avenir que contient en germe une anticipation, et ce qu'elle offre à la fois de décisif et de provisoire. L'idée première, le croquis, qui est en quelque sorte l'oeuf ou l'embryon de l'idée, est loin d'être complet, écrit Delacroix dans son Journal. Il contient tout, mais il faut dégager ce tout... Chez les grands artistes, le croquis n'est pas un songe, un nuage confus, il est autre chose qu'une réunion de linéaments à peine saisissables ; les grands artistes seuls partent d'un point fixe, et c'est à cette expression pure qu'il leur est si difficile de revenir dans l'exécution, longue ou rapide, de l'ouvrage.
Quelle que soit la technique pratiquée, on peut dire que tout visuel dessine. Si divers que soient les instruments dont il use pour donner corps à l'idée, qu'il soit peintre, graveur, sculpteur, architecte, il éprouve le besoin de fixer par des moyens expéditifs soit un ensemble, soit un fragment, et de devancer la réalisation définitive en jetant fébrilement des jalons sur une page vierge : d'où le nom d'ébauches appliqué souvent à ces recherches.
Si l'on entend généralement par dessin un graphisme transmis par l'extrémité d'une pointe d'argent, de plomb ou de bois, d'un pinceau imbibé d'encre, d'une mine dure ou tendre, et si ce mode de représentation s'associe presque toujours dans l'esprit à l'idée de monochromie, la main se contentant soit de contours, soit de contrastes du clair et de l'obscur pour reconstituer la lumière et la vie, comment oublier que le peintre lui aussi, quand ses brosses courent de la palette à la toile, ou le sculpteur, quand son ébauchoir délimite un plan, un profil, font également acte de dessinnateurs : Je puis, disait Donatello à ses élèves, vous enseigner l'art statuaire dans un seul mot : dessinez. Et, pareillement, le potier avec ses engobes, ou le peintre de vitraux ou le mosaïste avec leurs petits morceaux de verre ou de pierre.
Ainsi, le dessin demeure à l'origine et à la base de tous les arts qui s'adressent aux yeux. Bien plus, on peut dire que, du commencement à la fin, il constitue l'opération essentielle, commande à la matière, prévoit, contrôle, ajoute ou supprime. De sa qualité dépend qu'une oeuvre soit ou non viable, porte le sceau du génie ou soit dépourvue de tout caractère original.
Si la peinture paraît, en général, offrir à beaucoup plus de séductions, c'est que l'austérité des moyens dont use le dessinateur, le peu de concessions fait à la sensualité, découragent les profanes. Ils ne voient là qu'abstractions, objets désincarnés, et, enclins à considérer l'artiste comme un miroir fidèle, ils s'étonnent qu'on puisse dissocier les formes de leur apparence colorée.
On a très longtemps appelé dessin d'imitation celui qu'on enseignait dans les classes, où des apprentis peinaient à transcrire sur une feuille de papier, à l'aide de fusains, d'estompes, d'un compas et d'un fil à plomb les moindres particularités d'un plâtre ou d'un modèle vivant, à copier par le menu le visage d'un empereur romain ou les ornements d'un chapiteau grec. Sans doute, ces disciplines sont-elles indispensables au début, mais à condition que le dessin, qu'Ingres appelait la probité de l'art, ne soit pas considéré comme un procédé uniforme de reproduction ne reflétant en rien la personnalité de l'interprète.
Contrairement à ce qu'ont cru la plupart des académies, il n'y a pas, en effet, un dessin, mais cent façons différentes et contradictoires de suggérer la forme, la lumière et le mouvement. Depuis l'âge des cavernes, où le silex tenait lieu de burin, toutes sortes de méthodes et d'équivalences ont été trouvées et préconisées. On a vu tour à tour les contours dominer, sans modelé intérieur, ou les contrastes de valeurs traduits par tailles, par hachures ou par l'orchestration du clair-obscur. Quand les Grecs, pour résumer dans une fable l'origine du dessin, imaginèrent qu'une jeune fille avait gravé sur un mur le profil, projeté par un flambeau, de son fiancé partant au combat, ils ignoraient que les peintres de la préhistoire, la devançant, avaient évoqué, sur les parois de leurs abris, les silhouettes de cerfs ou de bisons, grâce au seul trait. Le dessin linéaire des Primitifs, de Raphaël, d'Holbein, comme plus tard celui d'Utamaro, d'Ingres, de Toulouse-Lautrec, offre un tout autre caractère que celui de Léonard de Vinci, des Vénitiens, de Rembrandt, de Goya, riche d'ombres. Charles Baudelaire a osé situer au même plan les dessins d'Ingres, de Delacroix, de Daumier, de Constantin Guys, de Jongkind, et unir dans son admiration des contemporains dont les moyens d'expression semblaient à d'autres totalement inconciliables. De nos jours. Picasso a montré qu'il pouvait, avec la même virtuosité, user d'une écriture ou d'une autre et s'inspirer tour à tour des graveurs d'Altamira, des précolombiens, des Noirs, de Raphaël, de Lucas Cranach ou de Goya. Les grands maîtres du dessin sont ceux qui ont en quelque sorte inventé de toutes pièces, sans emprunt littéral au passé, leur écriture, et nous ont livré le plus secret de leur tempérament et de leur caractère en évoquant le monde extérieur. Alors que, si souvent, peindre c'est feindre, grâce au dessin qui ne ment pas, ou s'il ment nous le sentons vite, nous pouvons faire abstraction de l'habileté quelle qu'elle soit, même de celle qui se déguise en maladresse, et de tout ce qui ne s'acquiert que par rouerie ou par reflet.
Pourquoi la plupart des dessins anciens sont-ils restés anonymes et inidentifiables ? C'est que leurs auteurs n'en tiraient aucune vanité et ne s'en séparaient que par exception, les considérant simplement comme des recherches qu'ils détruisaient sitôt utilisées. Ce n'est guère qu'à dater du XVIème siècle qu'y apparaît une signature, et qu'on voit des collectionneurs prêter à des feuilles volantes l'intérêt que nous leur accordons aujourd'hui. Un des plus riches cabinets de dessins du monde, avec ceux des Offices, du British Muséum, du Prado et de l'Albertina, le Cabinet des dessins du Louvre, fondé par Colbert, a puisé à ses origines dans le vaste fonds constitué par le baron Jabach, dont Crozat, le protecteur de Watteau, devait tirer l'essentiel de ses collections, dispersées à leur tour en 1741, et dont le catalogue allait être confié à l'un des premiers et des plus grands connaisseurs en blanc et noir, Mariette, auteur des Réflexions sur la manière de dessiner des principaux maîtres. Riche de 75'000 dessins ou albums, le cabinet des Dessins du Louvre, que des dons, des achats n'ont cessé d'enrichir, réunit aujourd'hui plus de 40'000 pages françaises, 20'000 italiennes, 4'000 flamandes et hollandaises.

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Le dessin est la base de tout.                                                             Alberto Giacometti