LE DESSIN

Représentation, sur une surface, de la forme et non de la couleur des objets

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Yoan Leresche
Yl, à la sensibilité naïve, aime aussi s’investir dans le cubisme le plus pur.

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Le dessin

Alors qu'au XVème siècle la Piscine de Bethsaïde, du Maître des Heures de Rohan, les Trois Dames, qu'on a crues d'abord de Schongauer, montrent les mains françaises tributaires encore des miniaturistes et des orfèvres, bientôt Fouquet, par son ampleur, annonce un art autochtone libéré des influences gothiques. La vogue des portraits d'Holbein, auquel on a attribué mainte oeuvre de Dumonstier, est à l'origine de l'engouement que les Valois et leurs successeurs réserveront aux portraits aux trois crayons de Clouet, créateur d'une tradition de finesse et de rigueur qui, de Nanteuil à La Tour, à David, à Ingres, à Degas, à Toulouse-Lautrec, ne subira guère d'éclipse en France. Au XVIIème siècle, Rembrandt a compté autant d'amateurs pour ses eaux-fortes ou ses fulgurants dessins, qui unissent l'observé au rêve, que pour ses peintures, tandis qu'à sa suite Watteau, Boucher, Hubert Robert, Fragonard seront recherchés de leur vivant même à l'égal de Raphaël, de Vinci, du Guerchin, de Rubens et de Van Dyck, qui les aidèrent à se découvrir.
Non seulement les modes d'expression ont varié avec l'époque, mais les instruments mêmes. Alors que les Primitifs, dont on ne rechercha guère les dessins qu'au cours du XIXème siècle, et les maîtres du XVème siècle et du XVIème siècle usent en général de la pointe d'argent sur papier préparé à la poudre d'os, traçant un trait indélébile et sans repentirs avec une décision de graveurs au burin, bientôt se répandra l'usage de pointes moins acérées et de matières souples, comme le fusain, dont s'était servi Dürer, ou les bâtonnets de craie, de sanguine, déjà chers aux Italiens de la Renaissance. La plume d'oie ou de roseau, chargée d'encre de Chine ou de sepia, excelle à exprimer aussi bien la vigueur que les finesses. Alors que Poussin et Claude Gelée, comme Rembrandt, aimeront rehausser largement de bistre ou de sépia les indications initiales, pour mieux suggérer la lumière, au siècle suivant, des maîtres voluptueux associeront, comme au temps de Fouquet, pour mieux suggérer les carnations, la sanguine au noir et au blanc, cependant qu'en Italie Guardi, le Canaletto, Tiepolo resteront fidèles à la nervosité du trait de plume, coloré ou non d'aplats d'encre. L'admiration d'Ingres pour Holbein et pour Raphaël lui fera recourir surtout, comme Corot et plus tard Degas à leurs débuts, sinon à la pointe d'argent, du moins à la mine dite de plomb, alors que Goya, Delacroix, Daumier, Millet, Rousseau, accordant davantage au clair-obscur et à sa magie, préféreront le fusain, le crayon ou l'encre.
En un temps où la plume d'acier s'est substituée aux autres. Van Gogh, par admiration pour Rembrandt, restera fidèle au roseau, Seurat et Redon au fusain ou au crayon Conté. Si Courbet, Manet et les impressionnistes, Boudin et Jongkind exceptés, n'ont laissé qu'un assez petit nombre de dessins, on a vu chez Renoir, qui se confie à toutes les matières, Ingres corriger Rubens, chez Toulouse-Lautrec les enseignements des Nippons se mêler à ceux de Watteau. Plus près de nous, un Rousault, un Marquet, un Picasso, un Dufy, un Dunoyer de Segonzac, un Gromaire, artistes dont le trait de plume, rehaussé ou non, reste le mode d'expression favori, dessinent continuellement. C'est là, comme disait Delacroix, faire leur prière quotidienne.
L'une des grandes supériorités des Anciens sur les Modernes est d'avoir su développer leur mémoire visuelle de façon à pouvoir se libérer du modèle et à dessiner, comme on disait jadis, de pratique. Un des meilleurs professeurs du XIXème siècle, Lecocq de Boisbaudran, fondait son enseignement sur le souvenir, qui, ne retenant que l'essentiel, opère un tri qui se révèle bien plus malaisé en présence de la nature et du modèle. Le public enclin à n'aimer que les dessins où il trouve beaucoup de soin et de travail, et à préférer les minuties d'une copie littérale aux grandeurs véritables. C'est ainsi que Meissonier a été prisé vivant, bien plus qu'un Delacroix ou qu'un Daumier, ses contemporains, qui dessinaient le soir, à la lampe, et n'avaient qu'à redescendre en eux-mêmes pour y découvrir une réserve inépuisable d'images et de rythmes.
Une évolution sensible semble s'être opérée dans le goût depuis 1900. On a découvert, comme disait Manet, que la concision est une nécessité et une élégance et que l'art suprême est de suggérer le maximum avec minimum de matière. Le dessin abréviatif, ce dessin à chaud, si différent du dessin laborieux, du dessin à froid des bons élèves admirés pour leur correction. Un Rembrandt, un Rubens, un Van Dyck, un Goya l'avaient magnifiquement pratiqué. Mais, de nos jours, on est passé souvent d'un excès à l'autre, oubliant qu'un dessin peut être abréviatif et sommaire sans avoir pour cela de qualité plastique. Nombre de notations hasardeuses, dont on se contente volontiers, sont aussi formulaires, aussi vides que les dessins dont on a pu dire qu'ils étaient finis avant d'avoir jamais été commencés.

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J'ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant.                                                             Pablo Picasso