Le vitrail
Technique du vitrail
La première opération de la fabrication des vitraux est la composition du carton, qui consiste à dessiner le sujet en grandeur d'exécution et à le colorier.
Ce carton sert de modèle au praticien, qui en fait d'abord un calque qu'il reporte sur un papier rigide.
Ce papier, posé sur un châssis transparent, est découpé en autant de morceaux qu'il y a de colorations diverses.
Ce sont le calibres.
Avec ces calibres, le verrier découpe, dans les verres de couleurs appropriées à celles du carton, des plaquettes plus ou moins régulières, qui sont enchâssées dans des baguettes de plomb à rainures.
Les verres découpés sont de deux sortes : le coloré dans la masse, c'est-à-dire dans toute son épaisseur ; le verre doublé, c'est-à-dire qui n'est coloré qu'à la surface, tantôt sur un des côtés, tantôt sur les deux.
La première sorte est utilisée pour toutes les couleurs, sauf le rouge, plus spécialement réservé à la seconde sorte.
Lorsque le praticien a découpé tous les verres en conformité avec les calibres, il procède une mise en plomb provisoire ; et alors l'artiste verrier reproduit au pinceau les traits du carton sur ces verres assemblés.
Lorsque le peintre verrier a terminé son oeuvre, la mise en plomb provisoire est démontée et les verres sont portés au four, où la cuisson fixera définitivement la couleur sur le verre.
Il ne reste plus alors qu'à défourner et à exécuter la mise en plomb définitive, en replaçant à l'endroit qu'ils occupaient les verres qui désormais formeront le vitrail, et à souder les unes aux autres les baguettes de plomb.
Quand on fait usage de verres doublés, on les soumet à l'action des vapeurs d'acide fluorhydrique, et l'on obtient toute la gamme des dégradés de tons.
Histoire du vitrail
Le vitrail, en tant que clôture translucide des fenêtres, était connu dès l'Antiquité ; il est vraisemblable que son usage venait de l'Orient méditerranéen, où la fabrication du verre était fort ancienne.
Des fragments découverts dans les fouilles de Pompéi et d'Herculanum, à Alésia, à Strasbourg, à Mayence, à Trêves, à Rome même, prouvent que l'on employait des vitraux depuis le Ier siècle de notre ère.
Les verres, épais et relativement petits, devaient être sertis, à cette époque, dans des châssis de bronze, de stuc, de bois ou de marbre.
Les Pères de l'Eglise décrivent ce décor translucide dans les premières églises chrétiennes (Lactance, saint Jérôme, Prudence) ; Byzance a particulièrement développé cette technique (on connaît des textes de Paul le Silentiaire sur les verrières multicolores de Sainte-Sophie de Constantinople) ; dès le Vème et le VIème siècle, on les employa aussi en Italie (à Rome et à Ravenne) et en Gaule (comme en témoigne Grégoire de Tours).
Les peuples arabes ont emprunté ces techniques aux Byzantins dès le VIIème siècle.
On a conservé, du VIIème siècle peut-être, un vitrail ornemental trouvé à Séry-lès-Mézières, Aisne.
Les plus anciens vestiges de vitraux peints proviennent d'Allemagne : une tête, découverte à Lorsch, Hesse, et une autre, trouvée à Magdeburg, qui doivent dater du IXème ou du Xème siècle ; à la même époque, des verrières historiées existaient à Werden en Rhénanie-Westphalie, à Saint-Bénigne de Dijon, à la cathédrale de Reims.
Les verres sont sertis de plomb, vivement colorés dans la masse, peints de plusieurs couches de grisaille, peinture noire qui, jusqu'au XVIème siècle, servira à modeler les formes.
La technique du vitrail du XIIème siècle nous est bien connue par un texte, Diversarum artium schedula, du moine Théophile.
Le verre, fait de sables de rivière et de potasse fournie par des matières végétales, était coloré dans la masse au moyen de colorants métalliques ; il était irrégulier dans son épaisseur, plein de bulles et d'impuretés.
On le découpait au fer rougi au feu pour le sertir dans des lamelles de plomb fondues et rabotées.
Pour réunir solidement les verres, on soudait les plombs ; les panneaux ainsi constitués étaient enchâssés entre des barres de fer, dites barlotières, doublées de feuillards, bandes de tôle perforées pour laisser le passage aux pannetons, tenons évidés d'un trou qui recevait la clavette, petite clef servant à serrer le panneau de verre entre le feuillard et la barlotière.
La peinture était faite au moyen d'une couleur noire vitrifiable, qui adhérait très fortement au verre après une cuisson à température modérée.
On possède d'assez nombreux vitraux du XIIème siècle, en Allemagne (Augsbourg, Soest, musée de Francfort), en Autriche (Klagenfurt), en Suisse (Flums), en Angleterre (York, Canterbury) et surtout en France.
Des vitraux de caractère roman, analogues aux miniatures et aux peintures murales de cette époque, existent à la cathédrale du Mans, à celle de Poitiers, et encore à Angers, à Gargilesse-Dampierre, à Vendôme, etc.
En Ile-de-France, Saint-Denis semble avoir été un grand centre de peinture sur verre autour du milieu du XIIème siècle ; il rayonna à Chartres, à Saint-Germer, etc.
Un style particulier à la Champagne apparaît aux verrières de Châlons-sur-Marne, de Saint-Remi de Reims.
En Alsace, on citera les vitraux de Neuviller-lès-Saverne, au musée de Cluny, de Wissembourg, de la cathédrale de Strasbourg.
Mais on en trouve dans d'autres régions encore, notamment à Lyon, à Clermont-Ferrand.
Le style des vitraux de l'Ile-de-France s'éloigne déjà de l'art roman et conduit aux vitraux gothiques du XIIIème siècle.
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