LE VITRAIL

Le vitrail, un art qui n'a pas encore dit son dernier mot

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Le vitrail

Histoire du vitrail

Au XIIIème siècle, avec les ateliers de la cathédrale de Chartres, on atteint la période de maturité de cet art. Deux types de verrière sont alors employés : à petites scènes réparties en compartiments de formes très variées, dans les fenêtres basses ; et les vitraux à figures isolées, plus grandes souvent que nature, dans les fenêtres hautes. La technique du XIIIème siècle est la même qu'au XIIème siècle, mais l'agrandissement des fenêtres, la rapidité plus grande de travail conduisent souvent à un art moins soigné, quoique d'un effet monumental et coloré tout aussi réussi. L'ornementation est souvent sacrifiée et stéréotypée ; les couleurs sont plus foncées, dominées par l'accord majeur du bleu et du rouge. Les plus célèbres sont les vitraux de Chartres, seule cathédrale qui a gardé intact son décor du début du XIIème siècle. On trouve des oeuvres d'un style semblable à la cathédrale de Bourges, à Sens, à Laon, à Soissons, à Poitiers, à Rouen, à Coutances, etc. Une école assez particulière se maintient pendant quelque temps à Lyon ; les vitraux champenois, de Saint-Remi de Reims, de la cathédrale de Troyes, de l'église d'Orbais, montrent aussi des particularités qui ne dérivent pas de Chartres. A Paris, au cours du deuxième quart du XIIIème siècle, se forment des ateliers novateurs, qui exécutent les verrières de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Chapelle, de Notre-Dame de Paris, et qui, vers 1250, rayonnent à travers la France, à Clermont-Ferrand, à Saint-Julien-du-Sault, à la cathédrale de Tours et à celle du Mans.
Vers 1260, une nouvelle époque de l'histoire du vitrail commence ; les verrières sont devenues, dans le style parisien issu de la Sainte-Chapelle, très vivement colorées et sombres ; pour donner plus de lumière aux églises, on combine, à partir de ce moment, les vitraux colorés et les vitrages incolores, peints à la grisaille sur du verre blanc, principe qui n'est d'ailleurs pas nouveau, puisqu'il était déjà appliqué depuis le XIIème siècle dans des églises cisterciennes, Aubazines, Noirlac, Pontigay. Les plus célèbres verrières de cette seconde moitié du XIIIème siècle, où le verre blanc joue un rôle de plus en plus grand, sont à Saint-Urbain de Troyes, à la cathédrale de Sées, à Sainte-Radegonde de Poitiers. Au début du XIVème siècle, un nouveau changement se produit dans la technique du vitrail : l'invention du jaune d'argent introduit une teinture légère et très brillante qui permet de compléter la peinture noire traditionnelle. Le style des vitraux se raffine, devient proche, souvent, de celui des miniatures. On en a des exemples célèbres à Saint-Pierre et à la cathédrale de Chartres, à Saint-Ouen de Rouen, à la cathédrale d'Evreux, à Sainte-Radegonde de Poitiers, etc. L'art du XIVème siècle, très raffiné, évolue parallèlement à l'art de la peinture de chevalet et aboutit, dans les dernières années du siècle, à des oeuvres comparables aux grands retables de Broederlam ou aux miniatures des livres du duc de Berry ; on peut citer comme exemples de cette époque les vitraux de la cathédrale d'Evreux, de Saint-Séverin de Paris, de la crypte de la cathédrale de Bourges, etc.
A la fin du Moyen Age, dans des vitraux de Bourges, de Moulins, de l'Alsace, notamment dans les oeuvres du maître strasbourgeois Pierre Hemmel, et surtout de la Normandie, cathédrale Saint-Ouen de Rouen, cathédrale Saint-Taurin d'Evreux, la peinture sur verre retrouve la vivacité des couleurs, l'effet brillant et contrasté qu'elle avait à son origine. L'influence de la peinture sur panneaux se fait de plus en plus sensible. Elle devient encore plus évidente avec l'avènement de la Renaissance. Les premiers maîtres verriers du XVIème siècle (Van Ort à Rouen, Arnaud de Moles à Auch, Engrand Leprince à Beauvais et à Rouen) sont pourtant des novateurs, qui cherchent à introduire des éléments à l'italienne dans le décor et dans le style de leurs compositions. Le vitrail connaît alors, en France, un second âge d'or ; les commandes se font de plus en plus nombreuses. Près de la moitié des verrières anciennes françaises datent du XVIème siècle. On signalera, comme les plus représentatives, celles de Montmorency, de Saint-Vincent de Rouen, des églises d'Ecouen, d'Etampes, de Saint-Germain-l'Auxerrois de Paria, de Brou, près de Bourg-en-Bresse, des cathédrales de Sens, de Bourges, de Troyes. La technique du vitrail se modifie à cette époque, la peinture en grisaille jaune, le Jean Cousin, et les émaux translucides colorés se répandent pendant la seconde moitié du XVIème siècle ; les plus célèbres exemples de ce style sont à la chapelle de Vincennes, à Saint-Etienne-du-Mont à Paris, dans les églises de Troyes.
La première moitié du XVIIème siècle a encore produit des oeuvres d'une certaine valeur, à Saint-Eustache de Paris, à Saint-Pantaléon de Troyes, à Cléry-Saint-André. Mais la décadence sera rapide, car l'idéal romain et classique de l'architecture de ce temps s'oppose à l'esthétique du vitrail coloré, propre à l'art du Moyen Age et de la Renaissance française. Dans les édifices comme la chapelle des Invalides, la chapelle de Versailles ou l'église Saint-Sulpice de Paris, on ne tolérera plus que des vitreries blanches, aux bordures peintes en émaux, ornées de blasons ou de scènes monochromes en grisaille et en jaune à l'argent. Au XVIIIème siècle, les techniques de fabrication de verre coloré seront abandonnées, et presque perdues, sauf dans les pays où le goût du vitrail a subsisté, comme l'Angleterre et l'Allemagne.
Au XIXème siècle, grâce au retour romantique vers le Moyen Age, on cherchera à retrouver les techniques anciennes, et on tentera de renouer avec la grande tradition gothique. Des verriers chargés des restaurations de vitraux anciens retrouveront vite les recettes médiévales. Mais les artistes issus des académies et suivant l'évolution du goût moyen resteront étrangers à cette renaissance technique et artistique du vitrail, qui produira pourtant, en Angleterre, avec des préraphaélites comme Burne-Jones ou William Morris, des oeuvres dignes d'être admirées. C'est à la fin du XIXème et au début du XXème siècle que s'est dessinée la véritable renaissance du vitrail, grâce aux idées de Ruskin, de William Morris, de Maurice Denis. Le renouvellement général des styles, vers 1900, a donné des vitraux de Wyspianski à Cracovie, de Grasset à Paris et, bientôt, ceux de Cingria, de Denis ou de Desvallières. Les ateliers d'art sacré en France, sous l'impulsion de Hébert-Stévens, en Allemagne, en Suisse et ailleurs, ont repris des recherches destinées à créer un art du vitrail conforme aux tendances de l'art moderne. Après 1920, l'évolution de la peinture européenne vers le cubisme, puis vers l'art abstrait, a favorisé ces tentatives. La technique elle-même s'est renouvelée, grâce aux procédés de la dalle de verre, qui consiste à enchâsser des verres très épais dans des montures en ciment armé, vitraux de Fernand Léger à Audincourt.

Le vitrail :   technique et origines du vitrail

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